Il est une parabole du Christ relatée dans l’Évangile de Luc que j’aime particulièrement. Sûrement parce qu’elle s’adapte aisément et fréquemment à notre quotidien. Elle s’intitule « Les premières places à table » (14 : 7-15) et raconte le risque pour un usurpateur de s’asseoir à côté du marié lors de ses noces alors que l’ami cher s’est installé à la dernière place. Le premier peut se voir relégué très loin alors que le dernier, sur demande de l’époux, est élevé à une place d’honneur. Cette parabole interroge simplement et clairement plusieurs aspects de la vie en société et du comportement de chacun. Et c’est la question de la légitimité (suis-je à ma place ?) qui m’importe le plus dans les mots et la démonstration de Jésus. Encore d’avantage aujourd’hui alors que j’ose écrire ces lignes sur cet événement colossal que représente, pour moi et pour des millions de Français, la venue prochaine dans notre cher pays du Pape Léon XIV.
Qui suis-je, pauvre petit pécheur, pour donner cet avis
qui risque de déranger voire de choquer ? Pour qui est-ce que je me prends
quand j’affirme que le Pape François fut une épreuve envoyée par Dieu aux
catholiques et que le Pape Léon est un merveilleux cadeau du Très-Haut ?
Là explose en pleine lumière l’interrogation sur la légitimité. Je ne possède
que celle de l’enfant d’une famille modeste et rurale du Pas-de-Calais,
baptisé, ayant fait ses deux communions, sa confirmation, ayant été enfant de
chœur, professeur de catéchisme, animateur de « retraites », membre du
conseil paroissial et du chœur de chant de la paroisse de mon petit village des
plaines de l’Artois. Et auteur d’un livre « C’est ça la foi ! »
(Fayard), dans lequel je défends cette foi populaire trop souvent délaissée ces
dernières années par la hiérarchie de l’Église, et qui se veut un plaidoyer
pour la défense de la culture chrétienne de la France. Est-ce suffisant ?
Je ne puis l’affirmer mais je sais que la déception ressentie tout au long du
Pontificat de François fut à la mesure de l’immense espérance que son arrivée
avait signifiée pour beaucoup de croyants catholiques. Nous sommes allés de
tristesses en incompréhensions et d’incompréhensions en tristesses, nous les gens
de foi de cette vieille Europe que François semblait mépriser. En tant que
Français, et très fier de l’être, j’ai même ressenti de la colère quand, lors
de sa première rencontre comme président de la République avec le pape,
François Hollande fut rabroué sévèrement par son homonyme du Vatican. Ce
dernier voulant lui « faire payer » le mariage pour tous (loi que
beaucoup de catholiques français avions défendu, contrairement aux apparences).
Avec sa bonhomie habituelle, Hollande avait souligné la coïncidence de leurs
deux prénoms et le Pape d’alors lui avait sèchement répondu avec une phrase du
style : « Moi je suis un François qui défend les pauvres et vous un
François qui crée des pauvres ». Que l’on aime ou pas le président
Hollande (j’avais voté pour lui en 2012), cette manière d’accueillir le chef de
l’État de la France était malvenue et m’avait blessé en tant que Français et en
tant que fidèle catholique. De même que cette obsession du prélat argentin de
toujours préciser lors de ses voyages à Strasbourg, à Marseille et en Corse que
ce n’est pas la France qu’il venait saluer.
Je vois donc aujourd’hui la visite du Pape Léon XIV comme
un acte de réparation (pardon au Saint Père si cette formule classique de la
pratique catholique est peut-être exagérée en la matière), en tout cas le choix
de venir dans l’Hexagone est sans aucun doute un acte de rapprochement, de
réconciliation, après des années difficiles qu’ont aussi connues d’autres pays
catholiques voisins, comme l’Espagne par exemple. Il n’y a donc aucun hasard
dans le choix de Léon de fouler la terre de Sainte Jeanne d’Arc trois mois
après celle de Sainte Thérèse d’Avila. Robert Francis Prévost porte la bonté
sur son visage, la douceur dans ses mots et en lui la farouche et puissante
volonté de réunir tous les catholiques en continuant de s’ouvrir aux
« périphéries » (chères à François) tout en reconnaissant et en choyant
ces nations qui sont depuis si longtemps, mille cinq cents ans dans la cas de
la France, les pierres sur lesquelles s’est bâtie l’Église universelle. Plus le
voyage papal approche, plus l’on sent monter une ferveur saine et naturelle
dans notre pays et l’on ne peut que s’en réjouir. Faisons tous que, chez la
fille aînée de l’Église, Léon XIV se sente en famille.